L’énergie des Groupes


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La croissance d’un groupe peut s’apparenter à la préparation d’un feu. Au départ, on rassemble les éléments nécessaires, on prépare le bois, on cherche un briquet, du papier et clac!

Le groupe est né, le feu prend. Mais ce n’est pas parce que les flammes dansent que la survie du feu est assurée. Il est important au départ, de surveiller le feu, de souffler dessus, d’amener de plus gros morceaux de bois pour s’assurer que celui prenne plus durablement.

Un feu a besoin de 3 éléments pour (sur)vivre. De la chaleur, de l’oxygène et du combustible. Retirez un élément et celui-ci s’éteint.

Un groupe a besoin de 3 différents types d’énergie pour (sur)vivre. Retirer une énergie et le groupe optimal disparaît, plus ou moins rapidement.

C’est ce que vous allez découvrir dans les prochaines lignes. Clac.

La naissance d'un groupe et sa croissance ressemble à celui d'un feu

La naissance d’un groupe et sa croissance ressemble à celui d’un feu

La croissance interne du groupe

À partir de quel moment peut-on affirmer que l’on se trouve en présence d’un groupe?

Lorsque plusieurs personnes se réunissent et interagissent ensemble en vue d’atteindre une cible commune.

Le groupe étant un organisme sans entité physique (un humain à un corps qui maintient les différents sous-systèmes ensemble) il doit constamment être alimenté par l’énergie des individus du groupe.

Sans cette énergie, le groupe meurt et se disperse.
L’entropie, ce phénomène qui tend à transformer et dissoudre tout ce qui est (la plante qui meurt, l’humain qui se fait manger par les vers, le radiateur qui rouille et qui retourne à l’état de poussière et évidemment le soleil qui cessera de rayonner tôt ou tard) concerne également les groupes.

Pour lutter contre cette tendance naturelle de dispersion, les membres injectent de l’énergie dans le groupe.

3 principes vont nous aider à mieux générer et gérer l’énergie du groupe.

1. La source de l’énergie

Une petite définition de ce que j’entends quand j’utilise le terme « énergie ». L’énergie est ce qui permet à l’humain de produire un comportement. L’énergie groupale permet au groupe d’avoir l’énergie nécessaire pour fonctionner correctement.

Cette énergie provient des membres qui interagissent ensemble pour atteindre une cible commune.

Dans la pratique, le membre d’un groupe sera capable de fournir cette énergie en satisfaisant 3 besoins nécessaires au développement psychologique (au-delà des besoins physiques situés au niveau 1 sur l’échelle de Maslow).

a) Un individu a besoin d’être estimé. C’est le besoin de considération.

De manière naturelle, nous recherchons les gens qui nous permettent de vivre des relations satisfaisantes. Nous ne savons pas toujours pourquoi nous nous dirigeons vers certains individus, mais ils nous font nous « sentir bien ». L’un des meilleurs moyens pour retirer de l’énergie à un groupe, en tant que chef, est de ne montrer aucun respect à votre équipe.

Même si vous n’êtes pas en charge, le fait d’interagir sans faire preuve de respect pousse un individu à retirer l’énergie qu’il met dans le groupe.

Ce besoin est comblé lorsque les interactions avec les membres du groupe sont saines.

b) Un individu a besoin de savoir ses capacités reconnues.

Le besoin de considération comme moteur de la dynamique de groupe

Le besoin de considération comme moteur de la dynamique de groupe

Il a besoin de savoir qu’avec lui, le groupe arrive à faire émerger une qualité qu’il n’aurait pas sans lui. C’est le besoin de compétence.

Lorsque l’opportunité de faire ce que l’on maitrise se présente, de résoudre un problème ou de relever un challenge, ce besoin se manifeste et de l’énergie est mobilisée. On veut réussir, créer, innover. Pour ceux qui ont lu l’ouvrage de Daniel Pink « La vérité sur ce qui nous motive », ce besoin équivaut à celui de la maîtrise.

Lorsque l’on imagine un résultat, que l’on travaille pour ce résultat et que l’on obtient ce résultat, on éprouve un sentiment de compétence et de contrôle sur le monde.

c) L’individu a un besoin de cohérence.

Les pensées, les mots et les comportements tendent à s’aligner et donnent un sens à ce que l’individu vit. Toute déstabilisation du système interne mobilise de l’énergie. De l’énergie pour comprendre, découvrir pourquoi et répondre aux questions qui émergent naturellement à l’esprit.

Si vous êtes en couple depuis longtemps, vous devez chacun avoir une place fixe dans votre lit. Si un jour vous changez de place sans avertir votre conjoint, alors cela provoquera des réflexions chez lui.

Ces réflexions nécessitent de l’énergie.

Évidemment, cet exemple me sert d’illustration pour souligner notre besoin de comprendre et d’assurer une stabilité.

Au sein d’un groupe, ce questionnement provient autant des interactions des membres entre eux ainsi que des manières d’atteindre une cible commune (questionnement interne) que les réflexions externes qui proviennent du contexte.

Plus l’énergie du groupe est utilisée à l’interne (résoudre des conflits, faire plus de la même chose, stratégie d’évitement) et moins il y a d’énergie pour « se battre » face aux dangers externes (concurrence, marché qui fluctue, etc.).

Lorsqu’un intérêt se manifeste, cet intérêt mobilise de l’énergie chez l’individu. Transposé à une cible commune, cet intérêt mobilisera d’autres énergies: collaborer avec d’autres individus, faire face aux contraintes, mobiliser les ressources nécessaires.

Il est donc important 1) de trouver une cible commune ambitieuse (dans le cas contraire, l’ennui émerge et chaque individu reprend son énergie qu’il investira dans ses intérêts personnels), mais pas trop (l’individu risque de se « paralyser » face à l’immensité de la tâche). C’est donc au jeu de l’équilibriste que le leader devra s’adonner. 2) Remémorer la cible commune régulièrement. Le WHY comme l’énoncerait Simon Sinek.

2. L’énergie groupale est disponible, à quoi faut-il veiller?

Le groupe n’ayant pas de corps en soi, seule l’énergie que chaque individu investit dans le groupe lui permet de vivre en tant que système.

Sachant cela, deux éléments sont importants: une cible commune que chaque individu identifie comme ambitieuse, mais accessible et une interaction en face à face avec chaque membre du groupe (d’où l’énoncé qu’un groupe optimal se situe entre 5 et 12 membres)

Lorsque le membre du groupe a conscience et se sent responsable de convertir une partie de son énergie résiduelle (son énergie) en énergie disponible du groupe, alors une conscience groupale émerge.

Plus les cibles communes sont précises et plus les intérêts des membres convergent, plus la quantité d’énergie groupale est importante.

Lorsqu’un membre du groupe est mis de côté, le groupe se prive ET d’une énergie importante ET augmente l’énergie résiduelle des personnes présentes.

Important donc de réfléchir à qui réunir. Car un membre qui n’interagit plus aura plus d’un effet neutre sur le groupe. On peut se demander à partir de quel moment les absences compromettent la croissance d’un groupe. Pour ceux et celles qui souhaitent approfondir ce sujet, on peut le faire dans les commentaires. Dans un groupe de trois, on peut facilement s’imaginer l’impact qu’une absence peut provoquer. En revanche, lorsque le groupe atteint 20 individus, il est rare qu’une personne empêche au groupe d’avancer.

À moins que les processus de décision impliquent la majorité absolue ou le consensus. Ou encore que l’individu absent dispose des informations capitales.

3. Répartir de manière optimale l’énergie dans le groupe…

On vient de le voir, l’énergie groupale existe parce que les individus ont un intérêt à oeuvre vers une cible commune et à interagir ensemble pour y parvenir.

Chaque groupe dispose d’une qualité émergente. C’est le principe systémique qui dit que la totalité est plus que la somme des parties. 1 + 1= 3.

La qualité des interactions a un impact sur la production et inversement, l’intérêt pour la cible commune contribue à la cohésion du groupe.  Cependant, un troisième élément entre en jeu (dans l’article, car en vrai tout est très lié… je les découpe juste dans une optique théorique).

L’énergie d’entretien lié au besoin de cohérence. Tout comportement qui, en soi, serait négatif par rapport à la production et à la solidarité va solliciter l’énergie d’entretien. J’en parle plus en détail dans le chapitre suivant.

Production, solidarité et entretien. 3 processus distincts.

Les 3 processus qui suivent sont alimentés par l’énergie des membres du groupe. Pour l’intervenant, la matrice « climat de groupe » que nous aborderons dans un autre article, permet de savoir où il y a un manque d’énergie ou au contraire trop d’énergie et sur quel processus intervenir pour réguler le groupe.

Car comme un individu, trop ou trop peu d’énergie ont tous deux un effet négatif. Pensez aux gens qui prennent des décisions sous le coup de l’enthousiasme.

 

Dynamique de groupe

La croissance interne pour travailler en équipe

La production pour la croissance interne

La production  est un processus qui repose sur le besoin fondamental de compétence. La cible commune doit faire appel au savoir-faire des individus qui ont décidé de se regrouper. Chacun participera plus ou moins activement en fonction d’une multitude d’éléments qu’il n’est pas possible de nommer en totalité: vie privée, état physique, climat dans le groupe.

Cette participation n’est pas figée, elle se déplace sur un axe de participation que nous verrons plus loin. La production ne nécessite pas obligatoirement un résultat physique.

Certains groupes ont d’autres formes de production: groupe de discussion, groupe de rencontre ou groupe de soutien.

La solidarité

Le processus de solidarité concerne les relations des membres entre eux. Le besoin de considération stimule ce processus. Il est important que chaque membre comprenne l’importance des autres pour l’atteinte de l’objectif. Jean sera donc le technicien, Sylvie l’animatrice, Maurice le stratège, etc.

L’intervenant peut mettre en avant les compétences de chacun pour conscientiser cela auprès des individus du groupe. Si un individu n’amène apparemment rien au groupe, il y a peut-être eu une erreur ou une omission dans la phase en amont, soit les questions à se poser avant de rassembler un groupe.

Il n’est pas nécessaire d’éprouver de la sympathie pour les gens, mais être capable de se mettre ensemble pour travailler.

L’entretien

Si trop d’énergie est mise dans la production, alors les relations en prennent un coup. Si l’effort est porté sur la cohésion de groupe (solidarité) alors la production peut également en souffrir. D’où l’importance de prendre en considération le troisième processus, qui est un processus secondaire de régulation pour assurer la croissance interne. Celui d’entretien. Je le répète, tout comportement qui a un effet négatif sur la production ou la solidarité devrait faire appel au processus d’entretien (par exemple considérer les comportements toxiques).

Il est important de comprendre qu’un groupe qui croit normalement va rencontrer des conflits. Et ce sera sa manière de repérer les obstacles et de gérer ceux-ci qui indiquera à l’intervenant (au leader, à l’animateur) si celui-ci évolue normalement.

Comme dans un couple.

Conclusion

Les membres d’un groupe ont des besoins. Ces trois besoins fournissent l’énergie à trois processus. La production, la solidarité et l’entretien.

Ces énergies varient. Mais l’important est que le groupe dispose suffisamment d’énergie groupale pour fonctionner. À contrario de l’humain qui dispose d’une entité physique, le groupe n’en a pas.

Il est donc primordial de stimuler les membres du groupe pour éviter un haut niveau d’énergie résiduelle (quand le membre pense plus à ses intérêts personnels et retire l’énergie qu’il mettait dans le groupe).

Pour y parvenir, nous pouvons utiliser la matrice « climat de groupe ».

C’est ce que nous allons découvrir dans cet article.

Julien

PS: Cet article est lié à l’intelligence sociale.

Sources:
Les petits groupes Participation et animation de Yves St-Arnaud
Dominique Anzi et Jacques-Yves Martin La dynamique des groupes restreints

 

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Marine - last year

Salut Julien,

Un peu plus ardu pour moi à lire cet article qu’habituellement (une impression de “massif”).

En tous les cas oui il est évident que l’énergie de chaque individu qui compose un groupe est importante, d’autant plus que le nombre des membres du groupe est réduit.

Après, qu’est-ce qui peut être responsable de la perte d’énergie d’un ou plusieurs membres d’un groupe ?

Ça me fait repenser au documentaire sur le bonheur au travail. Au bout de 7 ans passés dans l’entreprise (groupe), la proportion de gens heureux au travail tombe à seulement 11%, dingue, l’inverse quasi de la proportion de gens qui étaient heureux d’y aller au tout début.

Comment ça se fait ? Je pense que ce n’est pas normal et que ça peut être drastiquement amélioré. Je pense aussi que la partie « énergie » y est pour quelque chose tout comme la considération et la cohérence que tu évoques. Un individu avec la mauvaise énergie peut influencer négativement de nombreux membres du groupe qui vont aussi retirer l’énergie de leur groupe, notamment pour se protéger de la mauvaise influence. (en gros, une minorité suffit pour « embêter » la majorité).

N’est-ce pas au leader de réguler tout ça ? Par exemple de voir ce qui motive celui qui met en premier sa mauvaise énergie dans le groupe. Que faire lorsque c’est le « leader » lui-même (qui fait preuve de manque de considération et cohérence en prime) ? Si plusieurs membres en parlent au supérieur du « leader » et qu’il dise de « faire avec » ? Comment vois-tu ça ?

Merci pour cet article !

Je te souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année 🙂

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Mauvaise ambiance au travail? Découvrez pourquoi - last year

[…] semaine passée, vous avez découvert les 3 énergies qui font qu’un groupe peut croître. Retirer une de ces énergies et les risques de voir une mauvaise ambiance au travail […]

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